Jakob Böhme est né en 1575 en Allemagne à Altsei- denberg, humble fils de paysans luthériens et cordonnier de son état.
Cet autodidacte visionnaire a inspiré à travers son siècle et les suivants de très nombreux mystiques et philosophes, qui le décrivirent unanimement comme le Grand Gnostique Chrétien.
Böhme reçu la révélation du divin, la connaissance révélée, la Gnose donc, comme celle faite à Poïmandres par Hermès. Ce qui lui fut révélé, c’est le mystère divin originel, le secret de la création issue de l’essence divine qui est le sans fond, l’Urgrund, d’où surgissent les forces inséparables de la lumière et de l’ombre, du bien et du mal, en lutte dans le drame cosmique perpétuel, lequel n’est autre que la vie divine sortie de l’inexprimable et s’éloignant d’elle-même afin de retourner éternellement en elle-même. Drame se jouant aussi bien dans les mondes angéliques que dans la nature et le cœur même de l’homme.
Les révélations inspirées et foudroyantes de Böhme se répandirent sous le manteau parmi les Cercles Mystiques et Gnostiques en Allemagne, en France et en Hollande. Il fut un merveilleux trait d’union entre les Fils de Es, les perses, grecs et égyptiens, les Hermétistes, et les fils de An, dont les peuples germaniques, plus Gnostiques.
Par exemple, une assertion comme « Tout le monde extérieur visible, avec toutes ses créatures, est une similitude de figure du monde intérieur spirituel» est bien proche du si célèbre « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », d’Hermès le Trismégiste.
Extrait de l'Aurore naissante:Dieu le fils
Le père est tout; est toutes les puissances existent dans le père.
Il est le commencement et le fin de toutes les choses.
Hors de lui il n'y a rien, en tout ce qui est provient de lui.
Car avant le commencement de la formation des créatures, il n'y avait rien que Dieu seul, et là où il n'y a rien, rien ne se peut produire.
Toute chose doit avoir une caiuse ou ne racine; autrement il ne provient rien.
Mais il ne faut pas croire ici que le fils soit un autre Dieu du Père.
Il ne faut pas penser que le fils soit hors du Père, et qu'il en soit une pârtie sépârée...
Non le Père et le fils ne sont point de cet ordre...
Quant au fils, il est le coeur dans le Père.
Toutes les puissances qui sont dans le Père sont la propriété du Père; et le fils est le coeur; ou le noyau dans les puissances de l'universel Père; il est la cause de la joie jaillissante dans toutes les puissances de l'universel Père...C'est du fils que s'élève l'éternelle allégresse céleste.
Mais si sur terre un homme est éclairé par l'esprit saint, et vivifié par la source de jésus Christ, en sorte que les esprit de la nature qui représentent le Père soient enflammés, il s'élève dans son coeur et dans ses veines une joie si pénétrante que tout son corps et tout son coeur s'en trouve agité, et que l'esprit trésille comme si il était dans le trinité, ce qui n'est compris que de ceux qui ont été du nombre des convives dans un pareil banquet.
Cet effet est un reflet et une réverbération du fils de dieu dans l'homme par lequel le foi est fortifiée et entretenue.
"L'aurore naissante" anno1682 chapitre 3, extraits. | | Chose étrange chez un homme si peu instruit, on trouve dans les écrits de Böhme de nombreuses analogies avec les théories philosophiques de l'Allemagne du XIXe siècle, et il peut être considéré comme un précurseur de Spinoza, de Schelling, de Hegel et son influence a été grande sur la pensée allemande et en particulier sur Franz von Baader[2] et les romantiques. Hegel appelait Jakob Böhme « le premier philosophe allemand ». Il a eu aussi une grande influence en Angleterre notamment sur George Fox, le fondateur du quakerisme, Milton et Newton. Il a été révélé en France par Louis-Claude de Saint-Martin au XVIIIe siècle, un autre illuminé, qui traduisit cinq de ses ouvrages, notamment L'Aurore à son lever, la Triple Vie et ses Trois Principes. Il était devenu un disciple de Böhme en 1788. Nicolas Berdiaeff tenait Jakob Böhme pour l'un des plus grands gnostiques chrétiens. Böhme eût aussi un influence considérable sur Raoul Vaneigem.
MYSTERIUM MAGNUM
Jacob Boehme
Extrait du chap. II, trad. Nicolas Berdiaeff
Si je ramasse une pierre...6. Si je ramasse une pierre ou une motte de terre et que je les regarde, j'y aperçois le supérieur et l'inférieur, j'y aperçois même le monde entier, à cela près que dans chaque chose isolée prédomine une propriété d'après laquelle elle est d'ailleurs nommée. Mais toutes les autres propriétés s'y trouvent également mélangées, avec cette réserve qu'elles le sont clans différentes proportions et principes. Néanmoins, toutes les proportions et molécules ne forment qu'une molécule unique : et c'est une racine unique de laquelle tout provient et elle ne se distingue que par la manière plus ou moins compacte dont elle est coagulée : son origine est pour ainsi dire une vapeur ou un bouillonnement du grand Mystère du Verbe exprimé qui est en tous lieux réexprimé et qui représente chaque fois qu'il résonne à nouveau une figure de Lui-même, un être d'après l'esprit.
7. Mais nous ne pouvons dire par contre que le monde extérieur est Dieu ou le Verbe parlant, lequel existe en soi sans avoir besoin d'un tel être, pas plus que ne l'est l'homme extérieur ; mais tout cela n'est que le Verbe exprimé qui, en se ressaisissant lui-même (pour parler lui-même), s'est ainsi coagulé et reste coagulé avec les quatre éléments, grâce à l'esprit du désir (ou des étoiles) et pénètre dans une telle existence et vie, de même que le Verbe éternellement parlant accomplit en lui un Mystère (qui est spirituel), lequel Mystère représente la cellule-mère de la nature éternelle, étant donné que le Verbe éternellement parlant s'engendre et crée en lui-même un monde spirituel, de la même manière que nous sommes, dans le Verbe exprimé, un monde matériel.
Boehme - Mysterium Magnum8. Car je dis que le monde intérieur est le ciel dans lequel habite Dieu et que le monde extérieur est exprimé à partir du monde intérieur et qu'il e une autre origine que le monde intérieur et que pourtant il provient de ce dernier. Il a été exprimé à partir du monde intérieur (par un mouvement du Verbe éternellement parlant) et a été posé entre un commencement et une fin.
9. Et le monde intérieur se trouve dans le Verbe éternellement parlant : le Verbe éternel l'a de toute éternité fait passer en Être – et ceci est un grand Mystère – à partir de sa force, de sa couleur et de sa vertu (grâce à la sagesse) ; lequel être n'est d'ailleurs autre qu'une exhalation du Verbe dans la sagesse, Verbe qui possède en lui-même (pour sa génération) son ressaisissement et avec ce saisissement se coagule également et prend des formes, semblablement à la génération du Verbe éternel; de même que les forces, couleurs et vertus s'engendrent dans le Verbe (par la sagesse) ou, si je puis m'exprimer ainsi, naissent de la sagesse dans le Verbe.
10. C'est pourquoi aux yeux de Dieu rien n'est près et rien n'est loin, un monde est dans l'autre et tous ne représentent pourtant que le monde unique ; mais l'un est spirituel, l'autre est corporel, de même que l'organisme et l'âme sont l'un dans l'autre, de même qu'également le temps et l'éternité ne sont qu'une seule et même chose, niais avec des commencements différents. Le inonde spirituel à l'intérieur a un commencement éternel et l'extérieur un temporel : Chacun a sa naissance en soi ; mais le Verbe éternellement parlant règne par tout el ne veut se laisser étreindre ni saisir par le monde spirituel pas plus que par le monde extérieur au point de s'arrêter. Il agit d'éternité en éternité et c'est son produit qui est saisi. Car ce dernier est le Verbe qui a pris forme et le principe agissant est sa vie – donc insaisissable – car il est hors de tout être, il est uniquement une intelligence ou une force qui pénètre dans des êtres.
11. Dans le monde intérieur spirituel le Verbe se saisit pour former un être spirituel qui se présente comme un élément unique dans lequel quatre éléments sont latents. Mais lorsque Dieu, en tant que Verbe, a agité cet élément unique, ces propriétés latentes se sont révélées et sont apparues comme les quatre éléments.
MYSTERIUM MAGNUM |